L’ancien député et ambassadeur effectue son retour aux affaires. En le nommant, ce 24 mai 2026, ministre délégué chargé de la Défense nationale, le Président de la République, Kossi Mbuéké Romuald WADAGNI, fait le choix du réalisme géopolitique. Derrière ce come-back inattendu se dessine la volonté de capitaliser sur l’expérience d’un homme de terrain, au moment où le Bénin doit impérativement renforcer la sécurisation de ses frontières surtout septentrionales face à la poussée djihadiste.

On le disait en disgrâce, relégué aux marges du jeu politique. Lorsque Gildas Habib Djobloski Agonkan quitte Niamey en février 2025, le climat est particulièrement tendu. Quinze mois plus tard, un décret présidentiel acte son retour par la grande porte.

Ceux qui voyaient en lui un simple diplomate oublient que le nouveau patron politique de la Défense est avant tout un acteur politique aguerri de la scène nationale. Ancien député influent de la 8e législature sous la bannière de l'Union Progressiste le Renouveau, ce natif de la région d’Abomey s’est forgé une réputation de parlementaire de terrain, proche des populations et particulièrement impliqué dans les questions de décentralisation et de développement local. Cette double compétence finesse politique et maîtrise des réalités territoriales fait de lui un profil loin d’être novice dans les arcanes du pouvoir.

En l’envoyant à Niamey en 2023, en pleine crise post-coup d’État, Cotonou avait déjà misé sur sa capacité d’adaptation. Durant deux années, loin des postures de confort diplomatique, il a évolué dans un contexte régional particulièrement instable, maintenant des canaux de discussions fraternelles alors même que les relations entre plusieurs États de la sous-région se dégradaient. Cette immersion dans la réalité sahélienne, conjuguée à sa connaissance des mécanismes et sensibilités de l’AES, semble aujourd’hui avoir pesé dans le choix du Président Kossi Mbuéké Romuald WADAGNI.

À l’heure où les incursions terroristes se multiplient dans les zones frontalières du Nord-Bénin, notamment autour des parcs de la Pendjari et du W, l’enjeu sécuritaire impose une approche à la fois militaire, diplomatique et politique. L’appareil sécuritaire béninois a désormais besoin de profils capables de concilier stratégie opérationnelle et compréhension fine des dynamiques régionales.

En confiant la Défense nationale à un homme qui a observé de près les tensions sahéliennes, le nouveau Chef de l'État envoie un signal clair : la sécurité nationale ne se jouera pas uniquement sur le terrain militaire, mais également dans la capacité à maintenir le dialogue et à anticiper les recompositions géopolitiques régionales. Celui dont les propos avaient autrefois suscité la controverse apparaît désormais comme un choix pragmatique au service de la stabilité nationale.

Armand DANNOU